Zoom sur Astérya : faciliter l’engagement citoyen

Écrit le 25 juin 2021
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Lors de l’été 2020, Cit’Light a interviewé Cécile Lizé d’Astérya, une association qui vise à faciliter l’engagement et le bénévolat pour une société plus solidaire, plus écologique et plus démocratique. Retour sur l’historique d’Astérya, leurs différentes activités, et leurs moyens pour toucher un public large.

Pouvez-vous présenter l’association Astérya et revenir sur son historique ?

Tout d’abord, revenons sur notre nom : Astérya signifie « constellation d’étoiles reliées entre elles par l’homme ». L’association Astérya relie les projets qui naissent et les citoyens.

L’association a été fondée par 5 personnes issues du monde de la participation, de la démocratie participative, et de l’engagement citoyen au sens large. Elles sont parties du constat que de plus en plus de personnes autour d’elles avaient envie d’agir, de passer à l’action, d’avoir un impact positif sur le monde qui les entoure. Mais entre l’envie d’agir et le passage à l’action, il y a un fossé important qui est décourageant. Le résultat est que de nombreuses personnes ne passent pas à l’action. Pour lever ces freins, ces personnes ont décidé de créer une association qui a pour but de sensibiliser et favoriser l’engagement citoyen sous toutes ses formes. La formulation « toutes ses formes » est importante : l’engagement citoyen est considéré dans son sens le plus large. Cela va d’un collectif de voisins qui contribuent à rendre la rue plus verte, à une association qui existe déjà depuis 30 ans, ou encore à un collectif militant.

Parmi les 5 fondateurs, il y avait par exemple deux chercheuses qui écrivaient des thèses liées à la participation citoyenne, ou encore quelqu’un qui a travaillé pour mettre en relation des jeunes collégiens avec des entreprises pour leur stage de fin d’année, et qui sont normalement difficile d’accès (bureaux d’avocats, grandes institutions etc.). Des parcours de vie différents donc, mais se rejoignant dans l’envie de créer du lien entre les individus et les projets citoyens.

Vous mettez donc en relation le citoyen avec les structures existantes comme activité principale, et vous référencez ces structures au travers d’un guide. Pouvez-vous détailler vos activités ?

Les activités de l’association sont structurées en cinq pôles :

  1. Tout d’abord, il y a un pôle qui s’appelle « Les Connecteurs Citoyens ». C’est un pôle d’accompagnement, ouvert et gratuit à toute personne qui nous contacte. On est en mesure d’amener un accompagnement personnalisé, soit en un seul rendez-vous où on donne les clés pour agir, soit sur plusieurs mois avec un suivi. Si la forme d’engagement ne correspond pas à la personne, on peut alors la rediriger vers autre chose. Ce pôle des connecteurs citoyens est donc un premier outil.

  2. On a ensuite un pôle qui s’occupe du « guide pour agir ». L’idée est de promouvoir un outil qui soit à la portée de toutes et tous. On s’est orienté vers un format papier pour toucher le plus de monde possible. Ce guide référence plus de 1000 structures : associations, collectifs, coopératives, mouvements d’habitants, … Le guide est structuré en 16 thématiques comme l’agriculture, l’alimentation, la culture, l’éducation, l’écologie, ou encore le numérique alternatif. Chaque thématique est décomposée en sous-rubriques où on présente différentes manières d’agir. Pour chacune des 230 manières d’agir listées, on cite deux ou trois structures qui agissent déjà sur le territoire francilien, car le guide concerne la ville de Paris et toutes les villes autour de Paris qui sont desservies par le métro. Pour chacune de ces structures, on explique la mission de ses bénévoles tout au long de l’année et on indique une personne de contact. On a sélectionné des structures qui sont réactives et bienveillantes afin de ne pas dissuader les bénévoles potentiels. C’est effectivement un problème si une structure met longtemps pour les recontacter.

Au-delà de cela, le guide contient aussi des encarts d’informations, comme des informations sur un service de la mairie de Paris à contacter pour recevoir un composteur. On a disséminé ce genre d’informations au travers du guide. Finalement, le guide inclut des pages où on fait un focus sur des points précis qui sont sensibles à absorber, comme par exemple sur l’immigration, où on fait la différence sémantique entre personne réfugiée, personne en exil, personne migrante.

La réalisation de ce guide a duré 14 mois, entre le travail de recensement, d’écriture et de mise en page, et était financée au travers d’un financement participatif lors duquel on a dépassé nos espérances de 5000€, pour récolter 9000€. Le guide a été distribué à prix libre, pour qu’il reste accessible à tout le monde.

  1. On a ensuite un pôle événementiel, dont le dispositif phare s’appelle « Les Cafés Envie d’Agir ». Une à deux fois par mois, on organise ces cafés citoyens où l’objectif est de traiter d’une thématique citoyenne, démocratique, écologique, comme « comment lutter contre les violences faites aux femmes », « comment instaurer plus de démocratie directe dans nos villes », ou « comment faire en sorte que l’habitat soit plus accessible à tous ». Ces cafés se déroulent chaque fois dans un lieu différent pour toucher un public large. On les organise souvent dans des centres culturels qui se trouvent dans des quartiers populaires de la ville, par exemple dans des centres « Paris Anim’ » qui proposent des activités culturelles, sportives, artistiques à bas prix.
  1. On a un pôle multimédia, photo et vidéo, une sorte de pôle communication. Ce pôle a par exemple réalisé des vidéos de nos cafés, qui ont été très bien relayées, et par leur dynamisme et format court, ont touché beaucoup de monde.

  2. Finalement, on a un pôle formation : Astérya est agréé organisme de formation. On organise par exemple des formations pour les jeunes volontaires du Service Civique, car ils ont une formation obligatoire de deux jours. On aborde alors des questions liées à la participation citoyenne. On organise aussi des formations pour des entreprises, des institutions, des collaborateurs, ou simplement pour les citoyens qui aimeraient se sensibiliser à différentes thématiques. À côté des formations, on a aussi effectué des prestations de service pour gagner en indépendance financière. Par exemple, l’année dernière, le siège du groupe TF1 a fait appel à nous pour sensibiliser ses salariés à ce qu’est l’engagement citoyen.

Comment faites vous pour toucher le public le plus large possible ? Qu’avez-vous mis en œuvre pour y arriver ?

Pour faire venir du monde, on communique via trois canaux : on demande au lieu qui nous accueille de communiquer deux semaines avant les événements, on demande cela aussi auprès des structures intervenantes, et finalement on communique de notre côté sur nos réseaux. Ces trois éléments permettent de toucher un public assez large. Mais le nombre de participants varie en fonction de la thématique : il y a des cafés où on était 10, et d’autres où on était 85. Le but dans ces cafés est vraiment de s’éloigner du format de « conférence », mais plutôt s’inscrire dans des pratiques d’intelligence collective pour discuter des solutions.

On s’est vite aperçu que c’était souvent la même typologie de personne qui venait toquer à notre porte et faire appel à nos outils d’accompagnement. Comme certaines personnes ne se sentaient pas concernées par ces questions d’engagement et de démocratie, on a décidé de ne pas attendre qu’elles viennent à nous mais plutôt d’aller à leur rencontre.

Au sein des Connecteurs Citoyens, on a tissé des partenariats avec différents types de structures qui sont spécialisées à destination de certaines personnes. On s’adresse à 4 publics différents : les réfugiés en demande d’asile, les retraités en situation bien souvent de solitude extrêmes, les hommes en aménagement de peine et les personnes en situation de handicap. C’est les 4 profils qu’on a décidé de toucher par le biais de ces partenariats, avec des centres sociaux, des centres médico-sociaux, ainsi qu’avec la prison d’arrêt de Nanterre qui nous ouvre ses portes pour des ateliers. Sans ce travail, ils ne seraient que rarement présents. Toute la démarche des Connecteurs est en lien avec la sensibilisation : une fois qu’on a les personnes avec nous, on est dans une posture d’autonomisation et pas du tout d’assistanat ou de prise de hauteur vis-à-vis de l’individu. Mais c’est évidemment très chronophage.

Par ailleurs, cette démarche nous a parfois été gentiment reprochée : aller embêter les personnes migrantes avec des “préoccupations citoyennes” semblait mal vu par certaines associations, dans le sens où ils ont d’autres problématiques plus vitales que cela. Ce qu’on a remarqué c’est que ces personnes étaient justement bien demandeuse de s’occuper de cela, car ça leur permet de retrouver un sentiment de confiance en soi, d’estime de soi, et d’utilité à la société qu’ils essayent par dessus tout de se procurer. Ça leur permet d’apprendre plus facilement la langue, de se connecter aux autres, et de se familiariser avec la culture du pays. Il faut aussi savoir que lorsque les demandeurs d’asile font leur demande de régularisation, ils n’ont souvent pas le droit de travailler. Nos programmes permettent en attendant à quelqu’un qui dans son pays d’origine était agriculteur de participer à un jardin partagé. Cela peut paraître bien peu à l’échelle des enjeux et des situations personnelles, mais des fois le lien social est l’une des unique chose qui permet de tenir.

Quel conseil donnerais-tu à un citoyen ou collectif qui souhaiterait se lancer dans la participation citoyenne ?

Ce n’est pas moi qui ait fondé l’association donc je me sens moins légitime pour en parler. Je pense que ce qui a aidé les fondateurs à la base c’est leur complémentarité : il y en avait une qui avait des compétences très axés sur la législation et un autre très expert dans le domaine de la participation citoyenne. Il y avait donc le fond et la forme qui se combinent bien, et une fois que d’autres personnes sont venues s’y greffer, cela a donné quelque chose de très cohérent. On a su aller piocher dans des niches qui nous ont beaucoup aidées à nous construire, nous forger, à éviter certains écueils.

À Paris et sans doute à Bruxelles, il y a des maisons d’associations par arrondissement qui sont très actives sur le terrain. Quand on va toquer à leur porte, il y a une palette d’outils et de formations : comment financer son association, comment répondre à un appel à projet, comment trouver un comptable bénévole, comment trouver un local associatif. Donc vraiment : complémentarité, voir ce qui existe déjà, utiliser le partage d’expérience. Il faut aussi avoir du temps, y consacrer 2h par semaine comme porteur de projet ça risque de ne pas être suffisant. Aussi, il faut éviter de pressuriser les gens : avec des nouveaux bénévoles, il ne faut pas leur faire peur et il faut que ça soit clair qu’on soit flexible, que leur engagement soit modulable au temps qu’ils veuillent consacrer à l’asso.

Article écrit par Cit'Light

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